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Jude Stefan, Povrésies ou 65 poèmes autant d’années, Gallimard, 1997, p. 11.
Entre le 8 et le 18 août 1967 a eu lieu une rencontre de jeunes artistes de l’avant-garde italienne et européenne à Fiumalbo, un petit village très conservateur et très catholique près de Modène, ainsi qu’une exposition temporaire dans les rues, avec ce qu’on n’appelait pas encore à l’époque des performances. Cela a pu avoir lieu parce que le parti de droite à la dernière élection locale s’était divisé, et que la gauche était passée. Le nouveau maire, Mario Molinari, était communiste et un ami des poètes et des artistes. Il a donc décidé, avec quelques amis italiens, Claudio Parmiggiani, Corrado Costa et Adriano Spatola ainsi qu’avec le poète français Henri Chopin d’organiser cette rencontre. Le maire s’attendait à la venue d’une trentaine d’artistes et à une cinquantaine d’œuvres. Mais le 6 et le 7 août, ce sont plus de 100 artistes qui sont arrivés dans le village et qui ont commencé à montrer leurs œuvres : des affiches de toutes sortes, de la poésie concrète, de l’art pop ou cinétique. En même temps, du balcon de l’Hôtel de Ville, un haut-parleur diffusait des audio-poèmes d’Henri Chopin et des poèmes phonétiques d’Arrigo Lora-Totino dans un village plutôt habitué à entendre les cloches de l’église. Spatola marchait dans les rues comme un homme sand- wich, avec écrit des deux côtés sur lui : « Je suis un poème ». Un autre, au centre de la place S. Bartolomeo, avait posé une chaise au milieu d’un cercle peint en blanc et délivrait des certificats à quiconque était prêt à s’y asseoir un moment. Jean-François Bory et ses amis Julien Blaine et Jean-Claude Moineau ont rejoué les frères Ripolin, en écrivant l’un sur le dos de l’autre « La poesia è… ». Jean-François Bory a aussi peint des poèmes sur les murs. Ketty La Rocca a créé de faux panneaux de signalisation, comme « IL SENSO DI RESPONSABILITA », une direction qui indiquait « le sens des responsabilités ». Kenelm Cox a lancé un poème-montgolfière dans le ciel. Beaucoup de manifestes, dont un de John Furnival. Les troubles ont commencé quand un artiste a accroché près de l’église une affiche où l’on pouvait lire : « Ne m’appelez pas catholique s’il vous plaît ». Les policiers de Modène, alertés, convoquèrent le maire, mais protégèrent aussi les artistes contre une partie de la population. Il faut se rappeler qu’à l’époque l’avant-garde en Italie se complaisait dans des discussions théoriques. L’idée de ce festival était de mettre en contact, sans intermédiaire, l’art d’avant-garde et le public non averti. Parmi les participants, outre les organisateurs, citons Carlo Belloli, Alain Arias Misson, Jean-François Bory, Julien Blaine, Ugo Carrega, Mimmo Rotella, Paul de Vree, John Furni- val, Gianni Bertini, Nela Arias Misson, Anna Oberto, Sarenco, Martino Oberto, Aubertin, Mario Diacono, Lucia Marcucci, Ketty La Rocca, Timm Ulrichs, Gianfranco Baruchello, Ladis- lav Novak, Jokin Diez, Gianni Sassi, Franco Vaccari, Mauri- zio Nanucci, Arrigo Lora Totino, Eugenio Miccini, Luciano Ori, Lamberto Pignotti, Bruno Munari, Heinz Gappmayr, [vo Vroom, Vincenzo Accame, Franz Mon, Jiri Valoch, Herman De Vries, Marcel Alocco, Emilio Isgro, Achille Bonito Oliva, Kenelm Cox, Guido Ziveri. Le maire ne fut pas réélu, et il n’y eut pas de festival l’année suivante.
Jacques Donguy. Jean-François Bory, une monographie. Presses du réel. 2020.
Un pauvre petit grillon Caché dans l’herbe fleurie Regardait un papillon Voltigeant dans la prairie. L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ; L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ; Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs, Prenant et quittant les plus belles. Ah! disait le grillon, que son sort et le mien Sont différents ! Dame nature Pour lui fit tout, et pour moi rien. Je n’ai point de talent, encor moins de figure. Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas : Autant vaudrait n’exister pas. Comme il parlait, dans la prairie Arrive une troupe d’enfants : Aussitôt les voilà courants Après ce papillon dont ils ont tous envie. Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ; L’insecte vainement cherche à leur échapper, Il devient bientôt leur conquête. L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ; Un troisième survient, et le prend par la tête : Il ne fallait pas tant d’efforts Pour déchirer la pauvre bête. Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ; Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde ! Pour vivre heureux, vivons caché.
être allongé là se chier dessus et se faire laver et être allongé là se chier dessus et se faire laver et être allongé là et se chier dessus et se faire laver et être allongé là et recevoir l’extrême-onction et se chier dessus et se faire laver et être allongé là être allongé là et aller au ciel